Connect with us

Entertainment

Orange is the New Black : pourquoi la série US cartonne dans le monde entier ?

Alors que la saison 4 débarque sur Netflix pour une nouvelle séance de binge-watching intensif, retour sur ces raisons qui font que “Orange is the New Black” est la série incontournable du moment !

Published

on


Parce que ses héroïnes sont…
  • Plurielles

Jamais dans l’Histoire de la télévision une série n’avait à ce point reposé sur un casting quasi-intégralement féminin : elles étaient environ 22 actrices dans des rôles principaux au cours de la saison 2 ! Mais les femmes se bousculent aussi en coulisses : Orange is the New Black est un des rares shows à employer autant de femmes scénaristes et de réalisatrices (dont Jodie Foster), menées par la créatrice, productrice et showrunner Jenji Kohan.

  • Des canons de diversité 

Si Piper (Taylor Schilling), celle qui nous fait entrer au sein de cette prison pour femmes, est blanche et aisée, elle fait figure de minorité : entre les murs de Litchfield, les détenues sont majoritairement noires, latinas, asiatiques, issues de différentes vagues d’immigration et viennent de milieux populaires, voire pauvres. Elles ne sont pas forcément belles, ni coquettes, elles sont de tous les âges, de toutes les confessions. Elles représentent l’Amérique dans toute sa diversité, l’Amérique que la télévision avait tendance, pendant longtemps, à ne pas montrer, comme s’il fallait les cacher. Elles peuvent enfin exister et prendre la parole, se raconter, loin des clichés, pour atteindre une vérité, sans jamais s’excuser.

  • Uniques en leur(s) genre(s)

Dans Orange is the New Black, toutes le sexualités se mélangent, se confondent. La théorie du genre vole en éclats. Les personnages profondément lesbiens croisent ceux qui le deviennent, momentanément ou durablement, du fait de l’enfermement et des circonstances, par choix ou par obligation, pour des histoires de cul ou d’amour. Les hétérosexuels, les bisexuels, ceux qui n’ont pas (encore) ou plus de sexualité, ont le droit de citer, et l’un des premiers personnages transsexuels de la télé y est né : Sophia, incarnée par Laverne Cox, devenue une star, avec les honneurs de la Une du Time.

  • Imprévisibles et tordantes

Alors que les punchlines fusent dans les couloirs de la prison et nous offrent de grands moments de rire et de détente malgré l’environnement sombre et oppressant, les alliances étonnantes qui se créent, les incessants jeux de pouvoirs,  les retournements de vestes, les coups de colère et les coups de sang, les évolutions de certains personnages, à commencer par celle de Piper à la Walter White, rendent les personnages et donc les épisodes très imprévisibles. On ne sait jamais vraiment où les auteurs vont aller et ce sentiment, peu de séries parviennent encore à nous le procurer, surtout quand on en regarde déjà des tas d’autres depuis des années.

Offrir un autre point de vue, c’est révolutionnaire !

Parce qu’elle ne s’interdit RIEN …

Orange is the New Black se différencie par son format, grâce à sa diffusion sur Netflix où les contraintes publicitaires n’existent pas et où il n’y a pas de grille horaire à respecter. C’est toute l’écriture qui s’en ressent : les épisodes ont une durée variable, entre 45 minutes et un peu plus d’une heure, selon les besoins des scénaristes; les rebondissements n’interviennent pas de manière mécanique mais au moment jugé opportun; les digressions sont légion et font aussi le sel de la série. Le téléspectateur ne binge-watch pas parce qu’on lui force un peu la main en redoublant d’efficacité et en abusant de cliffhangers mais de manière plus organique : parce que les personnages nous sont précieux, nous fascinent et que leur destin nous importe terriblement.

La structure en flashbacks façon Lost est la seule véritable récurrence scénaristique mais, paradoxalement, elle aussi résulte en une plus grande liberté puisque le personnage auquel l’épisode est dédié nous introduit systématiquement à un nouvel univers, le contexte de sa vie avant la prison, et raconte en fligrane comment la societé telle est qu’elle est faite l’a entraîné dans cette spirale infernale jusqu’à la prison. L’intérêt est ainsi sans cesse renouvelé et les possibilités d’histoires à raconter sont infinies. Ne dit-on pas que la liberté naît dans la contrainte ?

… et s’autorise TOUT !

Grâce à son ton totalement décomplexé, sans concession, déjà testé par la créatrice sur Weeds mais avec une réussite toutefois plus modérée, OITNB (pour les intimes) ne s’embarrasse d’aucune auto-censure. Ses scènes de sexe et de nudité ne cherchent jamais à être glamour-Hollywoodienne. Elles sont crues, elles sont vraies. Le langage des personnages n’est pas châtié. Il est tel qu’il est, tel qu’il doit être. Et les sujets abordés, parfois polémiques, graves, tabous, sont traités sans détour, avec la profondeur qu’ils méritent. Si bien que rien n’est impossible dans Orange is the New Black, tout peut arriver. Il n’existe pas de ligne à ne pas franchir, il n’y a que des barrières à renverser.

Au fond, Orange is the New Black, comme ses héroïnes, a choisi de ne pas choisir : elle est un drame, elle est une comédie alors on la qualifie de “dramédie”; elle ne rentre dans aucune catégorie, dans aucun genre, elle est la liberté incarnée. Et pour tout ça, elle est bel et bien la série la moins conventionnelle du moment et elle fait partie de celles qui contribuent à l’évolution de la télévision, dont on se souviendra longtemps.

Entertainment

Fary : son spectacle «Hexagone» débarque sur Netflix

Published

on

À 28 ans, l’humoriste a déjà rempli Bercy, a monté son propre club de stand-up et s’est entouré d’artistes de renom tels que JR ou Ladj Ly. En attendant sa première apparition au cinéma en juillet, son spectacle « Hexagone » est disponible sur Netflix.

Au bout du fil, une voix étouffée s’élève : « Attendez, je mets mes EarPods. » Confinement oblige, nous rencontrons Fary… au téléphone. Et sans image. Pendant cette étrange période où les théâtres sont fermés, nombreux sont les humoristes qui se montrent quotidiennement en live, sur les réseaux sociaux. Très peu pour Fary : « On ne verra pas des stories de moi de sitôt », confie celui qui a pourtant son visage affiché en gros plan dans les couloirs du métro parisien. De profil, le regard serein porté vers le lointain, en noir et blanc. Sérieux.

À 28 ans, l’ambition du jeune homme transpire dans chacun de ses (nombreux) projets… Le stand-up, il faut le prendre pour ce qu’il est : un art. Alors, pour la captation de son deuxième spectacle, Hexagone, Fary a fait appel à un talent fraîchement césarisé : Ladj Ly, le réalisateur des Misérables. À ses côtés, un duo bien connu des clips de rap et des pubs de sportswear : Ousmane Ly et Adrien Lagier. Résultat ? Une image de cinéma et toujours cette identité visuelle, tout en noir et blanc, sauf sa tenue bleu marine, qui détonne.

Après deux ans de tournée, Hexagone vient d’atteindre son point de chute, Netflix, scindé en deux épisodes, dont le dernier est sorti le 16 avril. Pour le lieu, Fary avait déjà fait dans le colossal, à l’Accor Hotel Arena ; dans le cossu, au majestueux Théâtre du Châtelet, accompagné par une cantatrice… alors cette fois, il a misé sur l’inédit : jamais aucun humoriste ne s’était, avant lui, produit aux Bouffes du Nord. Fary emmène le stand-up là où il n’a pas forcément ses entrées et se bat pour lui conférer ses lettres de noblesse.

Au commencement était le style

Le stand-up est un genre d’humour qui a explosé aux Etats-Unis dans les années 1960-70. Pas de personnage, pas de décor, pas d’accessoires : juste un homme ou une femme qui brise le « quatrième mur » en parlant directement au public d’histoires personnelles, en donnant l’impression d’une réflexion faite au fil de l’eau. Il faut attendre 2006 pour que Jamel Debbouze et Kader Aoun lancent la scène ouverte du Jamel Comedy Club, sur les grands boulevards de Paris, dont les sessions sont diffusées sur Canal +. Fary y débarque sept ans après, avec cet humour grinçant qui s’applique, tranquillement, à traiter les sujets les plus explosifs.

Racisme, identité, sexisme, religion… Jean-Michel Joyeau, le directeur artistique du Jamel Comedy Club, se souvient de celui qu’il a vu faire ses débuts, en 2013. « Il se faisait un peu charrier pour son look, très soigné. C’était l’un des premiers à y faire attention. Il dénotait, parce qu’il faisait de son passage un spectacle. » Une barbe géométrique, des dreadlocks savamment montées en chignon, des lunettes vintage qui relèvent ses yeux bruns, des sarouels et vestons aussi amples que l’audace qu’il faut pour les porter.

« Fary ne ressemble à personne. Ni dans look ni dans sa personnalité », résume le producteur Jean-Marc Dumontet, qui se souvient très bien de la première fois qu’il l’a vu jouer. « Il faisait un sketch sur Moussa, un de ses camarades d’école. Il y avait vraiment du jeu. Le stand-up peut être assez monocorde, mais lui, au contraire, il faisait vivre ses personnages. Son ton était différent. »

« Faire de l’humour sur des idées »

À l’époque, le jeune homme n’a qu’une expérience assez brève dans l’émission de Laurent Ruquier, On ne demande qu’à en rire. Il rêve de « mettre en avant la belle langue qu’est le français », de « faire de l’humour sur des idées ». Ses inspirations ? Un croisement entre Jamel Debbouze, Dieudonné et Gaspard Proust. « Au tout départ, je suis un fan, raconte-t-il. Un amoureux absolu des spectacles d’humour. Et des gens drôles, comme mon père et mes deux grands-mères. » Il observe, analyse, décortique la vanne. Parce que l’humour est une affaire de technique et d’esthétique, comme tous les arts. « Ce n’est pas le prototype de l’humoriste tapageur, prêt à tuer père et mère pour se faire remarquer. Il est plus en retrait. Il a fait son chemin par la profondeur de son propos et ses partis pris artistiques », pense Jean-Marc Dumontet. Cette singularité va lui permettre de se tailler une place de choix dans le stand-up français.

En 2014, son sketch dit « du legging » fait des milliers de vues sur YouTube et donne un coup d’accélérateur à sa carrière. Fary vient alors de quitter la bande de Jamel pour signer chez Dumontet. Un départ sans embrouilles, raconte Jean-Michel Joyeau, qui admet quand même une grosse déception. « Il m’a demandé s’il pourrait revenir jouer au Jamel Comedy Club. Il me disait bien que c’était indispensable pour lui, qu’il en avait besoin pour se ressourcer. Il m’a dit : ‘C’est mon public’. Parce qu’au Point Virgule, a priori, le public est beaucoup moins mélangé que chez nous. »

Mais Fary est ambitieux, et veut se distinguer. « Il ne voulait probablement pas être noyé dans la masse, car au Jamel Comedy Club, il y a beaucoup d’artistes », analyse Jean-Marc Dumontet. Son nouveau producteur a les moyens financiers pour le faire décoller… et lui permet d’assouvir une certaine folie des grandeurs. Dans Fary is the New Black, son premier spectacle, l’humoriste débarque sur scène comme une apparition, baigné de lumière, sur un air d’opéra. « Oui, je voulais une entrée simple », ironise-t-il sur scène, avant d’ordonner au public : « Applaudissez-moi correctement ! »

Racisme, esclavage… des thèmes lourds

Deux ans après, dans Hexagone, l’entrée s’est assagie, mais n’en est pas moins impertinente. « Eric Zemmour » sont les deux premiers mots qu’il prononce. « Souvent, on me dit que mon deuxième spectacle est plus engagé, plus sérieux, plus fort. Mais c’est faux ! Ce qui a changé, c’est moi et ma manière de traiter les choses. Je suis plus naturel, je suis un peu moins caché derrière un apparat. Mais je parlais déjà de racisme, d’esclavage, de nazis dans le premier : les thèmes ne sont pas plus légers », réfléchit Fary.

Hexagone suit un fil rouge : le débat de l’identité nationale. Né en France de parents originaires du Cap-Vert, Fary raconte dans son spectacle, que longtemps, « il s’est senti plus africain que Français ». Alors, lorsqu’il part jouer dans plusieurs pays d’Afrique, il a espéré y ressentir l’effet d’un « retour aux sources ». Pas du tout ! Il ne s’y sent pas accueilli comme un des leurs. Qu’est-ce qu’être Français ? Fary a l’art de mettre les pieds dans le plat, sur scène… et même en dehors. Face au public peu diversifié de la prestigieuse cérémonie des Molières, en 2019, il lance un grinçant « Salut les blancs ! »

Dans Hexagone, Fary évoque « les Noirs », « les Africains », et surtout, « les Français », flirtant avec les généralisations. « Je me pose constamment la question : est-ce que le groupe d’individus dont je parle va rire de ce que je dis, ou est-ce que ça va les vexer ? » Les stéréotypes sont des pentes glissantes que le jeune homme tente de remonter avec conscience. « Un stéréotype devient dangereux lorsqu’il exclut les gens. Lorsqu’il différencie dans un but négatif. »

Comment savoir comment une blague va être reçue ? Fary ne laisse pas les gens rire, ou applaudir, tant qu’il n’a pas fini de dérouler sa pensée jusqu’au bout. Quitte à tendre, de temps à autre, un petit piège à son public. Au début d’Hexagone, Fary imite un Ivoirien, en se mettant à faire un accent très approximatif, et à gesticuler. Soudain, il s’arrête. « Pourquoi je le fais en dansant ? C’est raciste. Pourquoi tu rigoles ? Personne ne parle comme ça ! » Subtile façon de mettre le spectateur face à la nature de son rire et à sa propre responsabilité.

Prendre soin des silences

Le jeune homme a l’obsession du phrasé. Panayotis Pascot, dont il a mis en scène le premier spectacle l’année dernière, raconte : « Fary est très fort sur la formule. Il sait clarifier une idée, ne pas mettre de fioritures, aller droit au but. On bossait parfois jusqu’à 5-6 heures du matin, jusqu’à ce qu’on trouve les bons mots. Il m’a aussi appris à prendre soin des silences. Chez lui, il y a un bon tiers des rires qui viennent de pauses, de soupirs, de regards », analyse-t-il. Il n’empêche que certaines de ses vannes peuvent paraître faciles, lui fait-on remarquer, à propos notamment du physique d’Eric Zemmour, ou du fessier de Kim Kardashian. Il les assume.

Mais parfois, reconnaît-il, il va trop loin. « Il y a des sketchs que je n’écrirais plus pareil, aujourd’hui. » Le fameux « legging » par exemple ? Fary s’y moquait des femmes, et en particulier celles aux formes généreuses, qui aiment se balader en collants. « Ce que je changerais, c’est la forme : le sketch a pu être vécu comme une attaque, une moquerie. » Il regrette aussi une vanne sur Madonna, qu’il invite, dans son spectacle, à « faire quelque chose de son âge, comme par exemple mourir ». « Je me suis retrouvé à son concert, j’ai humanisé ce personnage, et j’ai pris conscience de ce qu’était la puissance négative de mes propos », se repent-il. Aux antipodes de certains de ses confrères humoristes, comme Jean-Marie Bigard, Fary tient à évoluer avec son temps. « Est-ce qu’on dirait à un beatmaker des années 1990 de revenir aujourd’hui ? » tacle-t-il.

Un écrin pour honorer les stand-uppers

Fary teste ses vannes… jusqu’au dernier moment. « Il a le stand-up dans le sang », lâche Panayotis Pascot. Le jeune homme se souvient : « Deux heures avant la captation pour Netflix de son premier spectacle au Cirque d’hiver, il m’a dit : ‘J’ai deux vannes qui ne fonctionnent pas. Viens, on va aller les tester’. Je l’ai donc suivi au Paname, pour qu’il propose des variantes à un vrai public. La première a fait un flop, la seconde a très bien marché. À 20 heures, il est monté sur scène avec sa nouvelle version. »

Jouer en comedy club, pour un stand-upper, c’est vital. Alors on peut imaginer ce que c’est que d’avoir son propre club. Inauguré l’hiver dernier, reconnu oeuvre d’art grâce à la scénographie signée de l’artiste JR, le Madame Sarfati est interdit aux caméras… Faute d’avoir pu le visiter pour cause de confinement, il faudra nous en tenir à ce que ses habitués en disent. « Il y a 120 personnes dans ce tout petit cocon », décrit Panayotis Pascot. Un écrin pour honorer les stand-uppers, loin des caves où ils ne sont souvent rémunérés qu’au chapeau.

Fary soupire : « On ne parle de stand-up que pour dire que c’est communautaire, des accents, des mecs de banlieue. Ou alors pour dire qu’il y a trop d’humoristes aujourd’hui. » Il cite Blanche Gardin ou encore Roman Frayssinet : « Dès que c’est plébiscité, ce n’est plus considéré comme du stand-up, comme si c’était un mot négatif. » Après un silence, il ajoute : « Et tant que les humoristes qui ont un nom, comme Muriel Robin, diront des jeunes qui font du stand-up que ce n’est pas de l’art, c’est pas gagné. » Le message est passé.

Emergence d’un talent

2012 : Fary gagne le prix SACD jeune talent au festival L’Humour en capitales, puis intègre la troupe du Jamel Comedy Club.

2014 : Il commence à travailler avec Jean-Marc Dumontet. Son sketch du « legging » fait 1 million de vues sur YouTube en trois mois.

2016 : Fary is the New Black, son premier spectacle, fait le tour de l’Hexagone. En 2018, ce sera le premier spectacle d’humour produit par Netflix en France. Le comédien fait des apparitions régulières à On n’est pas couché, sur France 2.

2018 : Hexagone démarre au théâtre Comédia, à Paris.

Source : Camelia Echchihab – lesechos.fr – 18 avril 2020

Continue Reading

Entertainment

Diversité dans les médias : le CSA rend son rapport annuel

Encore une fois, cette année, dans son baromètre annuel de la diversité, le CSA a jugé que les télévisions avaient du mal à rendre compte de la réalité sociologique de la ­société française.

Published

on

Club Averroes

Il existe une France trop souvent invisible pour les télévisions françaises : celle des jeunes, des personnes âgées, des pauvres, des inactifs, des habitants des villes et des quartiers périphériques, mais aussi celle des minorités visibles. Encore une fois, cette année, dans son baromètre annuel de la diversité, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a jugé que les télévisions avaient du mal à rendre compte de la réalité sociologique de la ­société française. En 2018, les personnes « perçues comme “blanches” » sont encore surreprésentées – 83 % des personnes indexées, comme en 2017. Et la part de celles perçues comme non blanches n’augmente guère.

Sur le départ après six ans à son poste, la conseillère chargée du dossier au sein de l’organe de régulation, l’ancienne journaliste Mémona Hintermann-Afféjee, n’a pas emprunté la langue de bois pour dresser un bilan qu’elle juge loin d’être ­satisfaisant, lors de la présentation de son dernier baromètre jeudi 10 janvier : « Aujourd’hui, quand on prend les transports en commun, on ne peut pas dire que ce chiffre corresponde à la réalité. »

Bien que la télévision se soit engagée à améliorer la représentation des « minorités visibles » depuis deux décennies, le ­baromètre du CSA continue néanmoins de signaler la rareté de leur présence dans les fictions, dans l’information et dans les ­documentaires. Et leur enfermement dans des rôles à connotation négative. Tel un miroir, la télévision dévoile les inégalités, les préjugés, les discriminations et les ­rapports de domination qui structurent la société française.

Alors qu’en France le concept sociologique de « race » fait débat – comme en attestent le retrait de ce mot de la Constitution ou encore l’absence de statistiques ethniques –, ces rapports annuels font figure d’exception. Certes, la majorité des médias, et non les seules télévisions, sont aujourd’hui dotés de comités spécifiques. Radio France a ainsi été le premier média de service public à recevoir le label diversité créé en 2008 par l’Etat pour « promouvoir la diversité dans le cadre de la gestion de ses ressources humaines ». Pourtant, les grands équilibres évoluent lentement.

Par François Bougon et Charlotte Recoquillon – Le Monde – 20 janvier 2019

Continue Reading

Entertainment

Truffaut, Resnais, Lynch, Dolan : pourquoi Netflix est devenu cinéphile

Netflix cinéphile

Published

on

En partenariat avec MK2, Netflix France met à disposition de ses 7 millions d’abonnés des grands classiques, dont douze films de François Truffaut dès ce 24 avril 2020. Une prise de prestige… ou un changement stratégique de la plateforme jusqu’ici peu portée sur l’histoire du cinéma et ses pépites.

Sonnez, trompettes, battez, tambours, les classiques du cinéma arrivent en force sur Netflix ! Jusque-là plus connue pour ses séries multilingues et son offre cinéma tous azimuts (et globalement médiocre) que pour ses grands films d’auteur, la plateforme vient d’acquérir cinquante titres prestigieux issus du catalogue MK2 Films.

Jugez plutôt : après l’arrivée hier de Mon oncle d’Amérique, d’Alain Resnais, débarquent ce vendredi douze films de François Truffaut dont les iconiques Jules et Jim, Les 400 Coups, La Femme d’à côté et Le Dernier Métro. Ils seront suivis début mai par neuf Charles Chaplin (Les Temps modernes, La Ruée vers l’or, Le Dictateur…), lesquels précéderont trois David Lynch et une ribambelle de Jacques Demy, Peau d’âne et Les Demoiselles de Rochefort en tête. Des quasi-intégrales ou des collections substantielles donc, qu’enrichiront plus tard des titres de Xavier Dolan, Krzysztof Kieslowski, Emir Kusturica ou Michael Haneke. Cette scintillante série d’appâts à cinéphiles s’égrénera ainsi jusqu’à la fin de l’année.

Premier réflexe : se réjouir de l’exposition massive de ces chefs-d’œuvre désormais à la disposition d’un public qui n’a jamais entendu parler d’Antoine Doinel ni du cake d’amour. Deuxième réflexe : se demander pourquoi Netflix opère ce virage. Après tout, la société a toujours dit qu’elle répondait à la logique de la demande et non, comme le cinéma en salles, à une politique de l’offre. Encore récemment, son big boss, Ted Sarandos, affirmait que les films de patrimoine n’avaient pas leur place sur sa plateforme.

Une spécificité hexagonale

Mais peut-on vraiment parler de virage ? « C’est plutôt une évolution naturelle qui va dans le sens de la diversification de l’offre », corrige Sara May, responsable des acquisitions films chez Netflix France et Italie. Et de citer les films d’auteur produits et/ou diffusés ces dernières années sur la plateforme, de The Irishman, de Martin Scorsese, à Marriage Story, de Noah Baumbach, en passant par Roma, d’Alfonso Cuarón. La volonté de Netflix de monter en gamme tout en continuant à parier sur le tout-venant ne tombe pas du ciel. En témoigne aussi l’acquisition récente d’une vingtaine d’œuvres du studio d’animation nippon Ghibli, dont celles du grand Miyazaki.

La nature même de ce « partenariat » Netflix-MK2 semble elle aussi indiquer davantage un pas de côté mesuré qu’une révolution copernicienne. Valable pour un an renouvelable, le deal concerne « uniquement » Netflix France et ses 7 millions d’abonnés. Une spécificité hexagonale qui n’a pas empêché les grands médias américains de reprendre comme un seul homme l’annonce du deal par Le Parisien. « Le grand orchestre est de sortie, constate Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte France, qui diffuse régulièrement les films de répertoire acquis par Netflix. Il a beau s’agir d’un nombre de titres limité, sur un territoire limité pour un temps limité, la communication autour de cet “événement” est, elle, illimitée. » Dans ce contexte de montée en puissance du streaming, renforcée depuis mi-mars par le confinement, et de guerre des plateformes (Disney+ vient de se lancer en France), le moindre geste inhabituel des géants est surveillé (et commenté) comme le lait sur le feu.

Si Nathanaël Karmitz, directeur général de MK2, envisage ce partenariat comme le point de départ d’une collaboration plus vaste, il a paradoxalement tendance à minimiser le caractère événementiel de l’opération : « Ce qu’on a vendu à Netflix, ce sont des droits de diffusion temporaires, comme on le fait toute l’année, partout dans le monde et sur différents supports. Les films de Truffaut, Demy et les autres continueront à être diffusés gratuitement à la télé et proposés à la vente ou à la location sur des plateformes VOD comme La Cinetek. »

Coincé entre “Shrek2” et L’Amour sans préavis”

Et si, malgré les réserves de certains, ce mariage inédit permettait demain à des ados de découvrir La Baie des anges entre deux épisodes de La casa de papel ? D’autant que Netflix ne fait que profiter d’une situation qu’il n’a pas créée : Arte mis à part, le service public a progressivement abandonné le terrain de la transmission cinéphilique. « On sait bien que les détenteurs de catalogue ont de plus en plus de mal à vendre ce type de films aux grandes chaînes de télé », analyse Jean-Baptiste Viaud, délégué général de La Cinetek, plateforme cinéphile « consacrée aux plus grands films du XXe siècle ». « Dans ce contexte, le partenariat de Netflix et MK2 n’est sans doute pas le dernier du genre. »

Évidemment, du côté de ces curateurs d’exception que sont La Cinetek et Arte, on ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée du géant sur leurs plates-bandes. Mais l’heure est plutôt à l’observation. « On ne peut jamais regretter que de telles œuvres soient largement exposées, estime Bruno Patino, chez Arte. Est-ce que cela nous fragilise ? On verra. J’ai quand même tendance à penser que ce sont deux expériences différentes. D’un côté, la présence brute et minime de ces films sur une plateforme à l’offre surabondante, de l’autre, leur présence contextualisée et éditorialisée sur une chaîne et un site,arte.tv, qui leur ont toujours été fidèles. »

Même son de cloche du côté de Jean-Baptiste Viaud : « Tant mieux si les films de Truffaut ou Demy peuvent toucher le plus grand nombre via Netflix, mais je crois plutôt qu’ils vont vite se retrouver torpillés par les algorithmes. » Et d’imaginer Le Dernier Métro entre une série indienne improbable et L’Île de la tentation… Fantasme de sceptiques ? Pas tant que ça. Depuis hier et l’arrivée de Mon oncle d’Amérique sur la plateforme, le film d’Alain Resnais est coincé entre Shrek 2 et L’Amour sans préavis, avec Sandra Bullock.

Chez Netflix, nous dit-on, il n’est pourtant pas question de « traiter ces titres comme de vulgaires films de catalogue ». Mais il n’est pas non plus dans l’ADN de la plateforme de proposer des suppléments et des bonus autour des œuvres. « Nous sommes axés sur le contenu pur, indique Sara May, qui revendique toutefois un rôle prescripteur sur les réseaux sociaux (sur Twitter, le hashtag #NetflixConseilleMoi prodigue conseils et propositions aux abonnés). On n’utilise pas d’autres outils que le film ou la série pour atteindre nos membres. »

“Le ciné de patrimoine, plus on en parle, plus il est vu et diffusé.” Nathanaël Karmitz, directeur de MK2

Reste la question du désir… En 2018, dans un article des Échos intitulé « De la difficulté à créer un Netflix pour cinéphiles », Manuel Alduy, un ancien de Canal+ désormais responsable marketing de Disney en Europe et en Afrique, expliquait : « Ce n’est pas spécifique aux films d’auteur mais c’est vrai de tous les films de catalogue […] : il faut savoir gérer une certaine rareté. Si vous mettez un film à disposition de 130 millions de foyers pendant deux ans, plus personne n’en aura envie. » En tant qu’abonnée Netflix, si je peux (re)voir autant de fois que je le souhaite Les Deux Anglaises et le continent ou Eraserhead, aurais-je encore l’envie de les (re)découvrir à l’occasion sur grand écran ?

Pour Nathanaël Karmitz, ce n’est pas un problème, bien au contraire : « On constate un effet d’entraînement sur le ciné de patrimoine. Plus on en parle, plus il est vu et diffusé. Sa présence sur Netflix peut même contribuer à convaincre les chaînes de télé que ces titres sont potentiellement des événements grand public et fédérateurs. » Surexploitation, banalisation ? « Ces films ont traversé les décennies, ce n’est certainement pas Netflix qui va les faire disparaître, abonde Sara May. En proposant des collections sur des périodes courtes et renouvelables, on ne s’accapare pas le patrimoine français. On n’est qu’un relais en plus au service de cet héritage. »

Reste à savoir si la plateforme appliquera aux œuvres de Demy et de Kieslowski les règles de performance auxquelles le reste de son offre est soumis. « Peu importe leur audience, assure Sara May. Je ne crois pas qu’on s’arrête là ; on pourrait même imaginer étendre notre collaboration avec MK2 au-delà du territoire français. »

En attendant de savoir si la cinéphilie « à la française » (à prononcer avec l’accent de Los Angeles) est soluble dans le bouillon Netflix, la multinationale pourra toujours se prévaloir des Truffaut et consorts lorsqu’elle devra (bientôt ?) respecter un quota de diffusion de 30 % d’œuvres européennes. L’occasion de vérifier le vieil adage : c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

Source : Mathilde Blottière – Télérama – 24 avril 2020

Continue Reading

A la Une

Copyright © 2020 Club Averroes