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Cinema

Abdellatif Kechiche secoue le Festival de Cannes 2019

Plutôt tendue, la conférence de presse donnée par le réalisateur de “Mektoub, My Love : Intermezzo”. De questions éludées en réponses cinglantes, Abdellatif Kechiche est resté fidèle à… lui-même.

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Ça commençait bien… Avant même la première question, Abdellatif Kechiche a engueulé les journalistes qui dégainaient leur smartphone pour immortaliser la conférence de presse de Mektoub, My Love : Intermezzo, ce vendredi midi 24 mai, au lendemain de la présentation du film en compétition au Festival de Cannes. « Les acteurs de ce film n’ont pas l’habitude d’être pris en photo du matin au soir, a dit en substance, le cinéaste, visiblement tendu. Respectez-les : n’utilisez pas un appareil aussi désastreux. »

Les quarante minutes suivantes ont souvent été à l’avenant. Tension maximale quand un journaliste britannique demande à Kechiche si ses excuses à la fin de la projection s’adressaient à Ophélie Bau (l’actrice, que l’on peut voir dans une scène érotique hyperréaliste de douze minutes dans le film, n’est plus apparue en public depuis la montée des marches de la projection de gala, jeudi soir). Et si la direction du Festival de Cannes était au courant de la plainte pour agression sexuelle le concernant – l’enquête judiciaire est en cours. Réponse cinglante de l’intéressé : « Je trouve votre question déplacée et imbécile. On est dans un festival de cinéma, on fête le cinéma, on parle de cinéma. Les questions malsaines sont dépassées à notre époque et j’ai fait le film en réaction à ça. Mon éducation fait que je m’excuse tout le temps de retenir les gens dans une salle et d’attirer l’attention sur moi. Votre question cherchait à me provoquer […] Je ne suis pas au courant d’une quelconque enquête. J’ai la conscience tranquille par rapport aux lois. »

Interrogé à plusieurs reprises sur ses méthodes de travail avec les acteurs, Abdellatif Kechiche se montrera un peu plus courtois, mais tout aussi ferme. « C’est une question à laquelle je ne veux plus répondre. » Parce qu’il y a « quelque chose de l’ordre de l’inexplicable dans le travail ». Mais aussi parce que, raconte-t-il, « j’ai vu trop de choses malsaines sur “comment se déroule le travail avec Kechiche, est-ce qu’il est gentil ou méchant ?, etc”. J’ai donc demandé aux acteurs de ne rien dire là-dessus. » On n’en saura pas plus de la bouche des comédiens. Et, quand la nouvelle venue dans la bande, Marie Bernard, interrogée habilement par le modérateur de la conférence, Philippe Rouyer, semble à deux doigts de livrer quelques secrets de tournage, Kechiche lui dit, avec un grand sourire : « Tu as le droit de ne pas répondre ! » Et quand une journaliste mexicaine lui demande si, au moins, il peut dire combien de temps a duré la préparation, la réponse fuse : « Non » – aussi expéditive que le « Je réfute votre hypothèse » adressé, machoire serrée, par Quentin Tarantino au même endroit, quelques jours plus tôt, à une reporter qui l’interrogeait sur « la faiblesse des personnages féminins » dans ses films…

Il y eut, heureusement, des échanges plus féconds, et plus chaleureux, entre Kechiche et les journalistes à propos du film et de ses motivations. Kechiche dit avoir tourné Mektoub, My Love : Intermezzo en réaction à « ce monde en division et en conflits » : « Je ne retrouve plus dans le nouveau siècle ce sentiment de fraternité qui faisait aussi notre identité. La chose la plus importante pour moi était de célébrer la vie, l’amour, le désir, la musique, le corps. » Mais, aussi de « tenter une expérience cinématographique et esthétique la plus libre possible, en essayant de briser les règles fondées au fur et à mesure que le cinéma existe et dont il est difficile de sortir ». Il n’est pas surpris que cette « expérience nouvelle » de trois heures trente puisse laisser de marbre, voire faire fuir en cours de projection – on a tenu jusqu’au bout, mais que ce fut dur…  « Tout le monde n’est pas ouvert à mon regard sur les autres, tout le monde ne peut pas ressentir cette impression que je veux transmettre, et heureusement, d’ailleurs. Mais si on accepte de mettre de côté ses a priori sur le cinéma et le scénario, on peut rentrer dedans. »

« C’est peut-être un peu prétentieux, a-t-il ajouté, mais j’avais le besoin de me sentir dans la position du peintre. J’ai tenté de passer de l’impressionnisme au cubisme, de davantage m’exprimer par les couleurs et par le cadre, et en m’inspirant de Picasso. J’ai essayé de montrer ce qui me fait vibrer : le corps, le ventre, les fesses. Il y a quelque chose de fascinant et de mystérieux dans le corps. »

Pour finir, on a eu deux confirmations. La version de Mektoub, My Love : Intermezzo présentée à Cannes ne sera pas celle qui sortira en salles – à une date encore indéterminée. Sera-t-elle plus courte ? Non, plus longue ! « Quand je démarre le tournage d’un film, je ne me pose pas la question de la durée. Celui-là, je l’ai voulu libre, et je l’ai fait comme je l’ai senti. Dans les jours précédant le festival, j’ai coupé deux scènes de dialogue que j’aime beaucoup et que je regrette aujourd’hui. J’avais peur qu’on trouve le film trop long, mais comme beaucoup de monde l’a de toute façon trouvé trop long », autant les remettre !

Autre incertitude, il y aura bien un troisième Mektoub, My Love, intitulé Canto Due. « Intermezzo, comme son nom l’indique, est un intermède, un exercice libre de cinéma. Canto Due aura de nouveaux personnages, et sera un peu plus académique. » Ouf !

Samuel Douhaire – Télérama – 24/05/19

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“Les Misérables”, de Ladj Li, meilleur film aux Césars 2020

“Les Misérables”, de Ladj Li

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“Les Misérables” de Ladj Ly a été récompensé vendredi soir par le César du meilleur film. 

Le film Les Misérables de Ladj Ly, qui raconte une bavure policière dans une cité sensible en Seine-Saint-Denis, a remporté vendredi le César du meilleur film. “Le seul ennemi ce n’est pas l’autre c’est la misère”, a déclaré le cinéaste en recevant sa récompense.

Les Misérables a aussi gagné le meilleur espoir masculin, remis à Alexis Manenti, le César du montage, et le César du public.

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Cinema

Truffaut, Resnais, Lynch, Dolan : pourquoi Netflix est devenu cinéphile

Netflix cinéphile

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En partenariat avec MK2, Netflix France met à disposition de ses 7 millions d’abonnés des grands classiques, dont douze films de François Truffaut dès ce 24 avril 2020. Une prise de prestige… ou un changement stratégique de la plateforme jusqu’ici peu portée sur l’histoire du cinéma et ses pépites.

Sonnez, trompettes, battez, tambours, les classiques du cinéma arrivent en force sur Netflix ! Jusque-là plus connue pour ses séries multilingues et son offre cinéma tous azimuts (et globalement médiocre) que pour ses grands films d’auteur, la plateforme vient d’acquérir cinquante titres prestigieux issus du catalogue MK2 Films.

Jugez plutôt : après l’arrivée hier de Mon oncle d’Amérique, d’Alain Resnais, débarquent ce vendredi douze films de François Truffaut dont les iconiques Jules et Jim, Les 400 Coups, La Femme d’à côté et Le Dernier Métro. Ils seront suivis début mai par neuf Charles Chaplin (Les Temps modernes, La Ruée vers l’or, Le Dictateur…), lesquels précéderont trois David Lynch et une ribambelle de Jacques Demy, Peau d’âne et Les Demoiselles de Rochefort en tête. Des quasi-intégrales ou des collections substantielles donc, qu’enrichiront plus tard des titres de Xavier Dolan, Krzysztof Kieslowski, Emir Kusturica ou Michael Haneke. Cette scintillante série d’appâts à cinéphiles s’égrénera ainsi jusqu’à la fin de l’année.

Premier réflexe : se réjouir de l’exposition massive de ces chefs-d’œuvre désormais à la disposition d’un public qui n’a jamais entendu parler d’Antoine Doinel ni du cake d’amour. Deuxième réflexe : se demander pourquoi Netflix opère ce virage. Après tout, la société a toujours dit qu’elle répondait à la logique de la demande et non, comme le cinéma en salles, à une politique de l’offre. Encore récemment, son big boss, Ted Sarandos, affirmait que les films de patrimoine n’avaient pas leur place sur sa plateforme.

Une spécificité hexagonale

Mais peut-on vraiment parler de virage ? « C’est plutôt une évolution naturelle qui va dans le sens de la diversification de l’offre », corrige Sara May, responsable des acquisitions films chez Netflix France et Italie. Et de citer les films d’auteur produits et/ou diffusés ces dernières années sur la plateforme, de The Irishman, de Martin Scorsese, à Marriage Story, de Noah Baumbach, en passant par Roma, d’Alfonso Cuarón. La volonté de Netflix de monter en gamme tout en continuant à parier sur le tout-venant ne tombe pas du ciel. En témoigne aussi l’acquisition récente d’une vingtaine d’œuvres du studio d’animation nippon Ghibli, dont celles du grand Miyazaki.

La nature même de ce « partenariat » Netflix-MK2 semble elle aussi indiquer davantage un pas de côté mesuré qu’une révolution copernicienne. Valable pour un an renouvelable, le deal concerne « uniquement » Netflix France et ses 7 millions d’abonnés. Une spécificité hexagonale qui n’a pas empêché les grands médias américains de reprendre comme un seul homme l’annonce du deal par Le Parisien. « Le grand orchestre est de sortie, constate Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte France, qui diffuse régulièrement les films de répertoire acquis par Netflix. Il a beau s’agir d’un nombre de titres limité, sur un territoire limité pour un temps limité, la communication autour de cet “événement” est, elle, illimitée. » Dans ce contexte de montée en puissance du streaming, renforcée depuis mi-mars par le confinement, et de guerre des plateformes (Disney+ vient de se lancer en France), le moindre geste inhabituel des géants est surveillé (et commenté) comme le lait sur le feu.

Si Nathanaël Karmitz, directeur général de MK2, envisage ce partenariat comme le point de départ d’une collaboration plus vaste, il a paradoxalement tendance à minimiser le caractère événementiel de l’opération : « Ce qu’on a vendu à Netflix, ce sont des droits de diffusion temporaires, comme on le fait toute l’année, partout dans le monde et sur différents supports. Les films de Truffaut, Demy et les autres continueront à être diffusés gratuitement à la télé et proposés à la vente ou à la location sur des plateformes VOD comme La Cinetek. »

Coincé entre “Shrek2” et L’Amour sans préavis”

Et si, malgré les réserves de certains, ce mariage inédit permettait demain à des ados de découvrir La Baie des anges entre deux épisodes de La casa de papel ? D’autant que Netflix ne fait que profiter d’une situation qu’il n’a pas créée : Arte mis à part, le service public a progressivement abandonné le terrain de la transmission cinéphilique. « On sait bien que les détenteurs de catalogue ont de plus en plus de mal à vendre ce type de films aux grandes chaînes de télé », analyse Jean-Baptiste Viaud, délégué général de La Cinetek, plateforme cinéphile « consacrée aux plus grands films du XXe siècle ». « Dans ce contexte, le partenariat de Netflix et MK2 n’est sans doute pas le dernier du genre. »

Évidemment, du côté de ces curateurs d’exception que sont La Cinetek et Arte, on ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée du géant sur leurs plates-bandes. Mais l’heure est plutôt à l’observation. « On ne peut jamais regretter que de telles œuvres soient largement exposées, estime Bruno Patino, chez Arte. Est-ce que cela nous fragilise ? On verra. J’ai quand même tendance à penser que ce sont deux expériences différentes. D’un côté, la présence brute et minime de ces films sur une plateforme à l’offre surabondante, de l’autre, leur présence contextualisée et éditorialisée sur une chaîne et un site,arte.tv, qui leur ont toujours été fidèles. »

Même son de cloche du côté de Jean-Baptiste Viaud : « Tant mieux si les films de Truffaut ou Demy peuvent toucher le plus grand nombre via Netflix, mais je crois plutôt qu’ils vont vite se retrouver torpillés par les algorithmes. » Et d’imaginer Le Dernier Métro entre une série indienne improbable et L’Île de la tentation… Fantasme de sceptiques ? Pas tant que ça. Depuis hier et l’arrivée de Mon oncle d’Amérique sur la plateforme, le film d’Alain Resnais est coincé entre Shrek 2 et L’Amour sans préavis, avec Sandra Bullock.

Chez Netflix, nous dit-on, il n’est pourtant pas question de « traiter ces titres comme de vulgaires films de catalogue ». Mais il n’est pas non plus dans l’ADN de la plateforme de proposer des suppléments et des bonus autour des œuvres. « Nous sommes axés sur le contenu pur, indique Sara May, qui revendique toutefois un rôle prescripteur sur les réseaux sociaux (sur Twitter, le hashtag #NetflixConseilleMoi prodigue conseils et propositions aux abonnés). On n’utilise pas d’autres outils que le film ou la série pour atteindre nos membres. »

“Le ciné de patrimoine, plus on en parle, plus il est vu et diffusé.” Nathanaël Karmitz, directeur de MK2

Reste la question du désir… En 2018, dans un article des Échos intitulé « De la difficulté à créer un Netflix pour cinéphiles », Manuel Alduy, un ancien de Canal+ désormais responsable marketing de Disney en Europe et en Afrique, expliquait : « Ce n’est pas spécifique aux films d’auteur mais c’est vrai de tous les films de catalogue […] : il faut savoir gérer une certaine rareté. Si vous mettez un film à disposition de 130 millions de foyers pendant deux ans, plus personne n’en aura envie. » En tant qu’abonnée Netflix, si je peux (re)voir autant de fois que je le souhaite Les Deux Anglaises et le continent ou Eraserhead, aurais-je encore l’envie de les (re)découvrir à l’occasion sur grand écran ?

Pour Nathanaël Karmitz, ce n’est pas un problème, bien au contraire : « On constate un effet d’entraînement sur le ciné de patrimoine. Plus on en parle, plus il est vu et diffusé. Sa présence sur Netflix peut même contribuer à convaincre les chaînes de télé que ces titres sont potentiellement des événements grand public et fédérateurs. » Surexploitation, banalisation ? « Ces films ont traversé les décennies, ce n’est certainement pas Netflix qui va les faire disparaître, abonde Sara May. En proposant des collections sur des périodes courtes et renouvelables, on ne s’accapare pas le patrimoine français. On n’est qu’un relais en plus au service de cet héritage. »

Reste à savoir si la plateforme appliquera aux œuvres de Demy et de Kieslowski les règles de performance auxquelles le reste de son offre est soumis. « Peu importe leur audience, assure Sara May. Je ne crois pas qu’on s’arrête là ; on pourrait même imaginer étendre notre collaboration avec MK2 au-delà du territoire français. »

En attendant de savoir si la cinéphilie « à la française » (à prononcer avec l’accent de Los Angeles) est soluble dans le bouillon Netflix, la multinationale pourra toujours se prévaloir des Truffaut et consorts lorsqu’elle devra (bientôt ?) respecter un quota de diffusion de 30 % d’œuvres européennes. L’occasion de vérifier le vieil adage : c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

Source : Mathilde Blottière – Télérama – 24 avril 2020

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Cinema

Pourquoi Idris Elba refuse d’incarner le nouveau James Bond

Alors que cela fait presque un an qu’Idris Elba a démenti tenir le rôle du prochain James Bond, il est récemment revenu sur la raison de ce refus.

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Club Averroes

Alors que la sortie de Bond 25 sera le dernier film de l’ère Daniel Craig débutée avec Casino Royale en 2006, la franchise va avoir la lourde tâche de caster le prochain visage de l’agent 007. La rumeur (et les fans) voulait que ce soit Idris Elba qui hérite du rôle avant que l’acteur ne le démente formellement. Dommage, Idris Elba en James Bond, ça faisait un petit quelque chose d’agréable dans le bas-ventre, mais bon.

Récemment, l’acteur de La Tour sombre a mis une nouvelle fois un terme à ces bruits de couloir lors d’une interview de Vanity Fair dont il faisait la couverture du magazine. Il en a surtout profité pour faire part de son dégoût face à certaines réactions racistes qu’il a subies :

Photo Idris Elba

Idris Elba dans Pacific Rim de Guillermo del Toro

“Vous êtes simplement découragés quand vous avez des personnes qui disent que ça ne peut pas être vous et que c’est à cause de votre couleur de peau. Si je l’obtiens [ndlr : le rôle de James Bond] que ça fonctionne ou pas, est-ce que ce sera à cause de ma couleur de peau ? C’est une situation délicate dans laquelle je n’ai pas besoin de me retrouver.”

Pourtant, la perspective d’interpréter le plus célèbre espion britannique est loin de laisser l’acteur de Luther insensible :

Photo Idris Elba

Idris Elba dans le rôle d’Heimdall dans Thor : Ragnarok de Taika Waititi

“James Bond est un personnage bien-aimé, iconique et très convoité. Il permet au public de s’évader. Bien entendu, si quelqu’un venait me voir et me proposait de jouer James Bond, j’accepterais sans hésiter parce que ce serait fascinant, mais je n’ai jamais déclaré que je voulais être le James Bond noir. […] Il devrait y avoir de grands rôles pour les femmes et les afro-américains, mais dans tous les genres. Ça n’a pas forcément besoin d’être dans un film de la saga.”

Idris Elba ne sera donc probablement pas à l’affiche d’un James Bond de sitôt et pour les raisons les plus dégueulasses qui soient. Pour se consoler, l’acteur de Thor revient prochainement en salles à l’affiche de Fast & Furious : Hobbs & Shaw attendu le 7 août prochain. Bond 25 quant à lui, n’a pas prévu d’arriver au cinéma avant 2020. 

Affiche française

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