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Société

Joe Biden devient le 46ème président des Etats-Unis

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Après plusieurs jours de suspense, Joe Biden a fini par s’imposer d’une courte tête en Pennsylvanie (état dans lequel il est né), remportant ainsi vingt grands électeurs supplémentaires, ce qui porte son total à 273 et lui assure de remporter la présidence, à l’heure où l’Arizona, le Nevada et la Géorgie, où l’écart entre les deux candidats tient dans un mouchoir de poche, doivent encore donner un résultat final. L’ancien vice-président de Barak Obama bénéficie d’une courte avance dans chacun de ces trois états, mais même si Donald Trump parvenait finalement à remporter chacun d’entre eux, il perdrait malgré tout l’élection. Le suspense touche donc à sa fin.

Les démocrates peuvent enfin souffler après une élection qui s’est avérée beaucoup plus serrée que ne l’estimaient les sondages, et a même dans un premier temps semblé tourner en la faveur de Donald Trump, alors qu’il obtenait des succès électoraux en Floride et en Caroline du Nord, et semblait en passe de remporter le Midwest. L’actuel président a en effet réalisé de bien meilleures performances que prévu, notamment auprès des minorités. Si celles-ci ont majoritairement voté pour Joe Biden, Donald Trump a rassemblé une plus large part du vote des non-blancs que tout autre candidat républicain depuis l’élection de 1960, qui avait vu Kennedy s’imposer face à Nixon.

Une élection plus serrée que prévue

 Environ un quart des non-blancsont donné leur suffrage à Trump, d’après les estimations actuelles. 18% des hommes afro-américains et 8% des femmes de cette même communauté ont voté pour lui lors de ce scrutin, contre respectivement 13% et 4% en 2016. En 2008, le candidat républicain John McCain, battu par Barack Obama, n’avait obtenu que 5%des voix de la communauté afro-américaine, hommes et femmes confondus. 31% des Latino-Américains et 30% des Asio-Américains ont également donné leur suffrage à Donald Trump. L’actuel président a notamment réalisé de très bons scores auprès de la communauté latino-américaine au Texas et en Floride, ce qui lui a assuré une confortable victoire dans ces deux états traditionnellement ancrés à droite, que les sondages déclaraient cette fois-ci susceptibles de basculer dans le camp démocrate.

 Des chiffres qui témoignent d’une réalité bien plus nuancée que le discours faisant de Donald Trump le candidat du suprémacisme blanc, d’autant que son score auprès de l’électorat blanc a au contraire légèrement régressé : 61% des hommes blancs ont voté pour lui, contre 64% en 2016. Ces bonnes performances auprès des minorités se sont toutefois révélées insuffisantes pour lui permettre de l’emporter.

Plus de 75 millions de voix

 Malgré sa victoire, Joe Biden est quant à lui loin d’être au bout du tunnel. L’ancien vice-président de l’administration Obama, qui, à bientôt 78 ans, est à la fois l’homme le plus âgé à entrer en fonction (un record précédemment détenu par Trump, qui avait 70 ans lors de son inauguration), le président à être élu avec le plus grand nombre de suffrages (plus de 75 millions de voix, grâce à un taux de participation record) et l’homme politique avec le plus d’expérience à s’installer à la Maison-Blanche, va devoir composer avec de nombreux défis. Comme l’a montré son discours tenu à la Maison-Blanche jeudi soir, Donald Trump n’a d’abord pas l’intention de jeter l’éponge, considère (sans preuves solides) que l’élection lui a été volée par des méthodes déloyales et entend se pourvoir en justice pour faire entendre sa cause.

Si les cadres du parti républicain se montrent pour l’heure très prudents et sont peu nombreux à reprendre le discours du président, ce qui suggère que ce dernier pourrait rapidement se retrouver isolé s’il persistait dans son refus de s’avouer vaincu, Biden va vraisemblablement devoir composer avec un perdant récalcitrant. Le vainqueur de la présidence a d’ores et déjà évoqué la possibilité que Trump puisse être escorté en dehors de la Maison Blanche s’il refusait de quitter le bureau ovale, ce qui serait un événement sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine.

Rassembler les Américains

 À l’heure où de nombreuses rumeurs (reprises par Trump et très souvent erronées) faisant état de tricheries circulent sur les réseaux sociaux, sous la menace d’une enquête judiciaire qui pourrait traîner pendant plusieurs semaines et à l’issue d’un scrutin ultra-polarisé et extrêmement serré, Biden va avoir la lourde tâche de rassembler un pays profondément divisé, ce que son prédécesseur ne s’est jamais efforcé de faire, attisant au contraire volontairement les tensions et la polarisation de la vie publique.

L’ancien vice-président, qui s’est efforcé d’adopter un ton rassembleur et de se doter une stature présidentielle depuis le début de la campagne, va devoir redoubler d’efforts pour asseoir sa légitimité auprès des électeurs républicains, dont beaucoup estiment qu’ils ont été floués, comme en témoignent des manifestations en cours dans plusieurs grandes villes américaines.closevolume_off

Sur sa gauche, il va également devoir composer avec une frange du parti démocrate qui juge son positionnement centriste trop timoré, et qui, derrière des figures comme le sénateur du Vermont Bernie Sanders ou la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, ne craignent pas de brandir l’étiquette « socialiste », longtemps taboue aux États-Unis. Ils souhaitent que leur parti promeuve d’ambitieuses réformes, dont des mesures importantes au service de la transition écologique (comme l’abandon de l’exploitation des gaz de schiste et l’adoption de normes environnementales plus strictes), une couverture médicale universelle, une revalorisation des salaires, davantage d’impôts sur les revenus les plus élevés et davantage d’actions pour limiter les violences policières.

Galvanisée par les manifestations qui ont émaillé le pays cet été suite à la mort de George Floyd aux mains d’un policier de Minneapolis et soutenue par un flot de jeunes militants, cette aile gauche du parti démocrate entend bien profiter de la présidence Biden pour se faire entendre et avancer ses pions. Et si le candidat démocrate a bénéficié d’une union sacrée derrière lui pour vaincre Trump, il est fort probable que celle-ci ne lui fasse pas de cadeaux si elle juge que sa présidence manque d’ambitions.

Des crises qui se superposent

Les difficultés qui attendent la présidence Biden ne s’arrêtent pas là, dans un pays où le Coronavirus continue de faire rage : le nombre de nouveaux cas a récemment dépassé les 120 000 en une journée, un record depuis le début de la pandémie. L’Amérique compte à l’heure actuelle 235 000 victimes du virus, un chiffre qui continue de croître de jour en jour.

Corollaire de cette crise sanitaire, le pays connaît également une importante crise économique : le PIB a décru de plus de 31% au second trimestre, et plus de 800 000 Américains s’inscrivent au chômage chaque semaine. Contrairement à son prédécesseur, qui souhaitait donner la priorité à la réouverture de l’économie, Joe Biden a martelé que la lutte contre le virus était un préalable nécessaire à la relance. Alors qu’à la sortie des urnes, 30% des électeurs se disaient préoccupés par l’état de l’économie, contre seulement 10% qui considéraient le Coronavirus comme une priorité, Joe Biden va également devoir convaincre les Américains du bien-fondé de sa stratégie.

S’il souhaite faire de la lutte contre le virus une cause nationale, avec des tests déployés à grande échelle et une production industrielle de vaccins, le candidat démocrate ne laisse cependant pas l’économie de côté, qu’il prévoit de réindustrialiser en investissant notamment dans les énergies renouvelables. À l’heure où le Coronavirus a mis en lumière les faiblesses du système de santé américain, qui laisse 207 millions d’Américains sans assurance maladie, Biden entend également étendre l’Obamacare, que son prédécesseur a tenté sans succès de supprimer.

Pour ne rien arranger à la difficile tâche qui l’attend, le président fraîchement élu va également devoir composer avec un sénat qui a de fortes chances de demeurer républicain, où l’habile tacticien Mitch McConnell, vieux renard de la politique qui, sauf en cas de victoire surprise des démocrates, devrait continuer de diriger la majorité républicaine à la chambre haute du Congrès, va tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de son administration et risque de bloquer toute réforme ambitieuse. Une situation similaire à celle qu’avait connue Obama en son temps, qui s’était également trouvé confronté à un sénat républicain vindicatif dirigé par McConnell.

Et si les démocrates demeurent majoritaires à la Chambre des Représentants, la chambre basse du Congrès américain, leur majorité s’est amenuisée lors de ces élections, qui ont vu plusieurs élus démocrates perdre leur siège au profit de candidats républicains. Grâce aux trois juges conservateurs nommés par Donald Trump (Neil M. Gorsuch, Brett M. Kavanaugh et Amy Coney Barrett) à la Cour Suprême, celle-ci est en outre solidement ancrée à droite (six juges conservateurs contre trois juges progressistes), et pourrait décider du futur de l’Obamacare à l’issue d’un jugement actuellement en cours d’examination. Bref, pour Joe Biden et les démocrates, si la victoire peut sonner comme la fin d’un combat long et difficile, celui-ci ne fait en réalité que commencer.

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Société

Aïssa Maïga et Adèle Haenel

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Elles se sont levées ensemble aux Césars et s’efforcent depuis d’inventer un front commun contre toutes les discriminations. Les actrices Adèle Haenel et Aïssa Maïga retracent pour «Libération» le cheminement d’une prise de conscience générationnelle.

Réunies dans un entretien croisé publié par Libération, Aïssa Maïga et Adèle Haenel ont évoqué leurs engagements aux côtés du Comité Adama, qui organise ce samedi une nouvelle manifestation. Les deux actrices, qui avaient déjà participé le 2 juin dernier au rassemblement devant le tribunal de grande instance de Paris, seront au rendez-vous ce samedi 13 juin, place de la République. “Ce combat est celui de la justice”, a estimé Aïssa Maïga, expliquant avoir rencontré Assa Traoré lors de la sortie du livre collectif Noire n’est pas mon métier. “Je la connaissais de loin, je connaissais son combat, et elle est apparue. Le soutien est devenu une évidence et il prend véritablement corps depuis quelques mois”.

L’actrice a expliqué avoir “tout de suite été impressionnée par cette femme, sa force tranquille, et cette capacité à tisser du lien, à penser son drame familial en termes politiques”. “Sa voix compte. Ce n’est pas seulement une icône: elle permet l’émergence d’un mouvement”, a ajouté Aïssa Maïga.

“Je ne peux pas faire les choses à deux vitesses”

Pour Adèle Haenel, déjà mobilisée contre les violences sexuelles et sexistes, l’engagement est plus récent. “Il m’a fallu passer par une problématique qui me traversait, qui impliquait mon corps dans une discrimination pour me mêler aux autres injustices”, a-t-elle expliqué.”J’écoutais ce que disait Assa Traoré et j’étais frappée par sa détermination et son intelligence”, a-t-elle poursuivi. “Mais ce n’est que très récemment que j’ai également pris conscience physiquement que je ne pouvais pas ne pas soutenir cette femme et toute la lutte contre les violences policières et le racisme, de la même façon que je prends à bras-le-corps la lutte pour le féminisme et contre les violences sexuelles. Je ne peux pas faire les choses à deux vitesses”.

Adèle Haenel a confié parler depuis son “parcours politique personnel, implanté dans le féminisme, un parcours qui est bouleversé par le mouvement mondial autour des violences policières et par le mouvement français autour du Comité Adama”. “Je dirais que prendre en charge ma propre histoire m’a donné la capacité de m’occuper d’autres problématiques plus larges, qui ne me touchent pas immédiatement”, a poursuivi l’actrice, qui a porté plainte contre le réalisateur Christophe Ruggia, qu’elle accuse de harcèlement sexuel et d’attouchements. “Je parle d’une espèce de réveil politique. Cette envie aussi de témoigner mon soutien aux familles des victimes, au mouvement politique contre le racisme et les violences policières en France, ainsi qu’aux comédiens qui prennent position”.

“Un racisme omniprésent” 

Aïssa Maïga a expliqué que “pendant longtemps, la question raciale dans le cinéma était tellement envahissante dans (son) parcours qu’elle a cannibalisé tout le reste”.”J’avais le sentiment que c’était moins difficile d’être une femme, dans un monde qui discrimine pourtant les femmes, que d’être une femme noire”, a-t-elle confié, dénonçant un “racisme soft, rarement cru mais qui est obsédant… car omniprésent” en France. “Le travail fait par les afro-féministes en France et à l’étranger a mis les mots que je n’avais pas à disposition parce que je n’avais pas cet héritage.”

Revenant sur l’événement du 2 juin, lors duquel près de 20.000 personnes se sont réunies pour manifester, les actrices ont souligné “un tournant” dans le mouvement. “La mort d’Adama Traoré, étouffé sous trois gendarmes, s’est matérialisée sous nos yeux avec les images insoutenables de celle de Floyd. La jeunesse française qui regarde ces images ne peut pas ne pas faire le lien, il est évident”, a assuré Aïssa Maïga.

“Un tournant” dans le mouvement

L’actrice a salué “une forme d’activisme accessible qui se développe via les réseaux sociaux”, où “les gens qui militent vont impliquer les autres par des phrases simples, accessibles”. “Il y a aussi l’idée qu’il faut établir un lien entre les violences policières, le racisme qu’on peut rencontrer dans d’autres espaces sociaux, la question de l’égalité femmes-hommes, celle de l’environnement, de l’urgence aussi de traiter ces problèmes-là maintenant”, a-t-elle remarqué. “Et enfin le sentiment d’injustice, qui est omniprésent et lié à la circulation des images sur les réseaux sociaux. Les violences policières s’enchaînent les unes après les autres, et cela crée un effet d’accumulation. Ce n’est pas qu’une vision politique dogmatique, mais un réel qui est vécu ou perçu comme réel”.

“Il y a un tournant dans l’efficacité du mouvement aussi”, a renchérit Adèle Hanel. “Ce sentiment porté par Assa Traoré que nous sommes puissants. Ce ne sont pas que des idées qui se baladent dans le monde, ce sont des idées qui font advenir le monde. Cela donne un espoir et une responsabilité à toute une génération”.

Souce : Nawal Bonnefoy – bfmtv.com – 13 juin 2020

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Entertainment

Fary dénonce le racisme dans une magnifique vidéo

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Fary a dévoilé jeudi 25 juin une vidéo réalisée en collaboration avec Colors où il livre un plaidoyer vibrant contre le racisme.

Fary est partout en 2020. Après avoir mis en ligne son spectacle Hexagone sur Netflix en mars, l’humoriste sera le 8 juillet prochain, avec de nombreuses autres stars françaises, à l’affiche de la comédie de Jean-Pascal Zadi et John Wax, Tout Simplement Noir. Entre ces deux évènements importants dans la carrière du stand-uppeur, il a signé une collaboration avec la chaîne YouTube allemande Colors, et le fruit de leur travail commun vient d’être mis en ligne. 

“Faciès” est donc un plaidoyer de quatre minutes contre le racisme où l’humoriste interroge les attitudes et les clichés racistes en France. “Admettons que je change de prénom, du coup est-ce que tu vas oublier que je suis moins clair que les autres prénoms ? Genre si j’ai un prénom plus typiquement français, plus blanc… Ton projet c’est quoi ? C’est que je le devienne avec le temps ?”, déclare notamment Fary. 

Cette vidéo intervient dans un contexte où le sujet des violences policières est brûlant. Fary est la première personnalité issue du stand-up à s’exprimer sur la chaîne Colors, habituellement consacrée aux jeunes chanteurs. En moins de 24h, la vidéo a été vue plus de 150.000 fois. Peut-être le début d’un phénomène en France.

Source : GQ Magazine – 26 juin 2020

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Fashion

Sue Y. Nabi : l’ex-Top Manager de L’Oréal dit tout…

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Sue Nabi, ex-présidente de Lancôme international, a redressé Lancôme et fait de L’Oréal Paris la première marque de cosmétiques au monde. Puis, proche du sommet, elle a tout lâché. Rencontre instructive avec un ovni.

Pour interviewer Sue Nabi, il faut d’abord s’armer de patience. De beaucoup de patience. Le mois dernier, après une valse-hésitation de ­plusieurs semaines et une vingtaine d’échanges d’e-mails, l’ex-présidente de Lancôme International a enfin accepté de nous recevoir… pour juger sur pièces si, oui ou non, elle voulait bien s’exprimer dans les colonnes de Management. Sue Nabi ne laisse rien au hasard. Surtout quand il s’agit de mettre en scène son image. Il faut dire que le personnage est hors du commun. Et son parcours est particulièrement instructif pour ceux qui s’intéressent aux carrières météoriques et à la gestion des talents. Car cette star du monde sans pitié des cosmétiques a été pendant presque vingt ans l’une des étoiles les plus brillantes de la galaxie L’Oréal. Née Youcef, en Algérie en 1968, elle est devenue une femme dans les années 2000. «J’ai dirigé les deux principales maisons du groupe, L’Oréal Paris et Lancôme, rappelle-t-elle à l’envi. Et personne n’a fait ­gagner autant d’argent que moi à ces mar­ques !» Pas le genre à jouer les fausses modestes, on l’aura compris. Pourtant, en juin, elle a démissionné avec fracas et s’est offert quelques jours plus tard une interview dans «Le Monde» pour expliquer, tant bien que mal, son départ. Du jamais-vu pour une dirigeante de ce niveau. Et des éclats dont L’Oréal n’a guère ­l’habitude. Nous avons voulu en savoir plus.

Julia, Rachida et Jane. Il suffit de la voir entrer dans un café du boulevard de Courcelles, à Paris, à deux pas de son domicile, pour saisir la complexité du personnage. Allure classique, mais décalée : tenue noire et lèvres rouges d’une part, chignon lâche et baskets aux lacets rose fuchsia de l’autre. D’emblée, elle donne un ton offensif à l’entretien. Rappelle que sous sa houlette, Lancôme, numéro 1 mondial des cosmétiques de luxe, a connu une croissance très forte. Elle en a pris la tête en 2009 et a effectivement redressé cette marque un peu ternie, qui venait de connaître un flop avec le parfum Magnifique. Elle fait alors ­appel à son réseau, persuade la très rare Julia Roberts de devenir le ­nouveau visage de Lancôme. Puis elle investit massivement en communication, et lance La vie est belle qui fait immédiatement un carton. «Le jus est entré dans le top 5 mondial», glisse Nabi avec fierté. Un tour de force que Lancôme n’avait plus réussi depuis le lancement de Trésor­ en 1990. Sue Nabi a aussi ouvert la marque à «la diversité» en prenant pour égéries les actrices Rachida Brakni, d’origine algérienne, et Jane Fonda, parfaite pour rallier les seniors. Lancôme pèse aujourd’hui 2 milliards ­d’euros de chiffre d’affaires, soit 11% des ventes de L’Oréal. «Je considère avoir rempli ma part du contrat.» Sous-entendu, son employeur n’en a pas fait autant. Pourtant, comment ne pas reconnaître que le groupe lui a donné une magnifique carrière ? «Je ne me sentais plus en confiance. Il fallait se ­protéger de tout, ça devenait épuisant.»

Magicien(ne) du marketing. Ce désamour remonte à l’arrivée de Jean-Paul Agon à la tête de L’Oréal, en 2006. Jusque-là, celle que l’on ­appelait encore Youcef bénéficiait du soutien de ses deux mentors, Lindsay Owen-Jones, l’ex-PDG, et Patrick­ Rabain, le patron de la division produits grand public. Le premier souhaitait faire «une pépite» de ce jeune prodige entré dans le groupe en 1993, nanti d’un double cursus école d’agronomie et école de commerce. Le second le surnommait le «magicien du marketing» et lui a fait gravir à vitesse grand V les échelons du groupe : Mennen, Gemey, L’Oréal Paris. En parallèle, Youcef Nabi gérait sa transition identitaire comme un changement de marque, devenant Sue pour ses équipes, signant Youcef Nabi, Youcef S. Nabi, puis Sue Y. Nabi dans ses communications officielles et demandant aux médias de parler de lui au masculin, «pour ses parents». Elle ressemble à s’y méprendre aux égéries de ­Lancôme qu’elle admire, des brunes au caractère ­affirmé, Isabella Rossellini hier, Julia ­Roberts et ­Penélope Cruz aujourd’hui. Cet affichage, assumé avec cran mais sans militantisme, a d’ailleurs largement servi l’image d’ouverture de son employeur : «Maghrébin et transsexuel, Youcef cochait en une fois toutes les cases de la diversité», résume une ancienne l’oréalienne. Sa réussite chez Lancôme lui fait espérer de plus hautes fonctions, la tête de la ­division luxe du groupe, peut-être même au-delà.

Mais la dirigeante comprend rapidement que ce ne sera pas si simple. En interne, elle est considérée plutôt comme une créative que comme une gestionnaire. «Pourtant, la profitabilité de Lancôme n’est pas tombée du ciel», se défend-elle. Surtout, la structure des grands groupes du CAC comme L’Oréal favorise assez classiquement dans ses hautes strates des ­profils de leaders carrés à sang froid plutôt que de géniaux managers fonctionnant en électrons libres avec leurs propres méthodes. Mi-mai, une salve de nominations au comité exécutif achève de doucher ses ambitions. Nicolas Hieronimus, le DG des produits de luxe, récupère la division cosmétique active (Vichy, La Roche-Posay…), les produits professionnels (Red­ken, Kérastase) et la marque The Body Shop. Le ciel s’est soudain couvert au-dessus de sa tête. Elle insiste cependant : la vraie raison de sa ­démission, c’était la lassitude. «Après La vie est belle, j’ai senti venir le temps de la répétition. C’était ­devenu un job, mais plus la passion de ma vie.»

Un hommage très mesuré. Comment gère-t-on la ­carrière d’une personnalité hors normes comme Sue Nabi lorsqu’on est une multinationale comme L’Oréal ? Doit-on donner la priorité aux résultats, à la fameuse croissance à deux chiffres que le groupe essaie de maintenir tant bien que mal ces dernières années ? Ou au contraire penser à la stabilité et à la pérennité de la structure ? «En général, en cas de doute, les groupes font pencher, même à contre-cœur, la balance du côté de la stabilité, estime un spécialiste des RH. Vous ne vous voulez pas dépendre des desiderata d’une personnalité hors de contrôle, aussi performante fût-elle.»

A Clichy, au siège de L’Oréal, la démission surprise de Sue Nabi a été accueillie avec flegme. «Jean-Paul Agon a diffusé la nouvelle sans mélodrame», raconte une responsable d’une des marques de la division luxe. L’actuel PDG s’est fendu de quelques mots d’hommage dans la presse. «Youcef Nabi a beaucoup de talent. Son parcours est une belle histoire. Son talent a parfaitement éclos chez L’Oréal», a-t-il déclaré, regrettant son départ du bout des lèvres. Dans la foulée, et sans transition, il a appliqué le plan de remplacement prévu pour les plus hauts cadres du groupe, qui ont tous en permanence un suppléant désigné. Dix jours plus tard, Françoise Lehmann, ancienne DG de Kérastase, pur produit L’Oréal, prenait donc la succession.
Médusés. Il a ensuite fallu atténuer le traumatisme en interne. Sue Nabi était l’un des emblèmes de la division luxe et un de ses moteurs. Comme après le départ de tout cadre à haut potentiel, son absence a créé un vide et poussé ses équipes à remettre en question leurs propres aspirations. «Juste après mon ­départ, j’ai reçu plus de 400 e-mails donc beaucoup de messages de félicitations», confirme l’ex-présidente de Lancôme. Selon Damien Crequer, associé du cabinet de recrutement Taste, «sa décision a aussi révélé que l’on pouvait avoir un rapport frontal avec la direction. Certains salariés ont été médusés par la capacité d’une personne à exister, notamment dans les médias, en dehors de l’organisation.» Officiellement, le patron de la division a donc reçu tous ses adjoints, et, ­selon une cadre, les services RH ont été plus à l’écoute des demandes personnelles de promotion ou de mobilité dans le groupe.

De l’avis d’un professionnel, et d’un strict point de vue de communication, le groupe a eu raison de ne pas en faire plus : «Sue Nabi souhaitait un poste, elle a mis sa démission dans la balance et la direction a jugé qu’elle ne pouvait pas la retenir. Le message envoyé en interne est qu’occuper une situation de diva ne garantit pas forcément d’obtenir le poste qu’on désire.» Ce qu’une source interne ­résume par cette formule : «Lindsay Owen-Jones croyait en l’in­di­vidu, Jean-Paul Agon croit à l’organisation.»

Présidentielle 2017. Sue Nabi remue fébrilement sa cuillère dans sa tasse de camomille. Que fait-on quand, du jour au lendemain, on passe d’un poste de haut dirigeant à la recherche d’une nouvelle mission ? «Ces derniers mois, j’ai beaucoup voyagé», dit-elle. Les appels n’ont pas manqué. De la part d’entreprises de beauté et de mode, de laboratoires de biotechnologie et de nanotechnologie. Plusieurs lui ont proposé de jolis contrats, qu’elle a refusés.

Plus étonnant, elle dit avoir été approchée par un état-major politique en vue de la présidentielle de 2017, mais celle dont le père fut ministre de l’Energie en Algérie dit être «plus intéressée par les sujets de société que par les commentaires sur la dernière sortie de Nadine Morano». Ses options sont multiples : ses chances de travailler à nouveau dans les cosmétiques sont «de 50/50». «Rendez-vous dans quelques mois pour en savoir davantage», lâche-t-elle, ­refusant d’en dire plus. Sa seule certitude, c’est qu’elle ne rejoindra pas une structure aussi lourde que L’Oréal. Elle a sa propre vision des choses. Elle loue «les hommes et les femmes providentiels» capables ­d’inventer de nouveaux modèles, comme Steve Jobs pour Apple ou Lindsay Owen-Jones pour L’Oréal. Et croit «à de nouvelles hiérarchies mutantes». «Je les ai pratiquées pour La vie est belle : si je repère dans mon équipe une personne de valeur, même jeune ou peu expérimentée, je suis capable de la nommer leader du projet. Pas officiellement, car il est compliqué de faire bouger les organigrammes, mais elle peut devenir la personne référente.»

Esprit start-up. A l’heure où les positions dominantes des grands groupes sont remises en question de plus en plus rapidement, comme en témoignent les déboires récents de Kodak, Nokia ou BlackBerry, Sue Nabi prône la promotion des talents, l’agilité, l’esprit start-up : «Chez Facebook, c’est l’équipe qui dirige le programme phare du moment qui devient la référence pour tous les projets de l’entreprise.» Une pause. «C’est comme si le petit groupe qui a développé La vie est belle donnait son avis sur tous les autres développements de L’Oréal. Ce ­serait osé et intéressant, non ?» Elle sourit, finit son infusion, et lance avant de partir : «Il n’y a pas que l’argent pour ­garder les meilleurs, écrivez-le !» On comprend la phrase un peu plus tard, en découvrant dans un kiosque la couverture d’un magazine paru le matin. Le patron de L’Oréal y est cité : «Pour garder les talents, il faut bien les payer». Diva un jour…

Bio express :

– 1993 : entre chez L’Oréal avec un double diplôme (école d’agronomie, Essec).
– 2006 : directrice générale France puis monde de L’Oréal Paris.
– 2009 : présidente de ­Lancôme ­International.
– 2013 : quitte L’Oréal.

L’Oréal dément toute fuite de talents

Certes, ils n’avaient pas des postes aussi importants que celui de Youcef Sue Nabi. Mais le nombre de cadres de haut niveau qui ont quitté récemment L’Oréal a pu étonner, ­notamment en interne. Renaud de Lesquen, le président des marques d’Yves Saint Laurent Beauté parti diriger Dior en Chine l’an dernier à l’aube du ­lancement d’une ligne ­stratégique ; Grita Loebsack, DG de L’Oréal Royaume-Uni, recrutée par Unilever ; Christophe Marque, ­directeur France des parfums de L’Oréal Luxe, débauché par ­Hermès ; ­Céline Brucker, symbole de la ­promotion des femmes, ­quittant la direction générale France de L’Oréal Paris pour rejoindre Chanel… Sans oublier les responsables des zones Europe et Asie de Lancôme, Soren Hagh et ­Catherine Roggero, qui ont claqué la porte cet été. Autant ­d’éléments brillants, ayant passé plus de dix ans dans le groupe, etqui sont partis exercer leurs talents ailleurs. Du jamais-vu chez L’Oréal. Le groupe dément pourtanttoute fuite des talents. “Au niveau ­mondial, le taux de départ des cadres est inférieur à 15%pour les trois dernières ­années”, calcule une porte-parole, qui ajoute que 5% des recrutements concernent même des anciens cadres du groupe qui reviennent. Pour le reste, aucun de ces ­départs n’a eu d’­incidence sur les résultats des marques et le groupe surperforme sur son marché, avec une croissance de 5,2% de ses ventes au premier ­semestre.

Source : Pascale Caussat – capital.fr – 3 décembre 2013

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